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Médecine de la Préhistoire

Médecine de la Préhistoire

14-02-2018 à 06:02:57

Cette semaine, je vous propose, puisqu’aucune prouesse de la médecine d’aujourd’hui n’a retenu (pour une fois) notre attention ces derniers jours, de nous intéresser aux exploits de la médecine d’hier.

 

L’étude des pratiques médicales d’un peuple permet en effet d’apprendre bien des choses sur les relations des personnes entre elles ou avec leur corps et sur la façon dont elles appréhendent celui-ci et la maladie. L’histoire de la médecine est pleine de surprises et nous invite à l’humilité : elle semble commencer il y a bien longtemps puisque ses premières traces datent… de la Préhistoire ! Et plus précisément de la toute fin du Mésolithique (- 10 000 à - 6 000 avant J.-C.) et du Néolithique (- 6 000 à - 2 000 avant J.-C.). On a observé, en étudiant les squelettes datant de cette époque, des traces de soins de plusieurs sortes.

– Des soins dentaires : en effet, certains squelettes présentent des avulsions dentaires (la dent a été enlevée) très probablement volontaires et des dents limées par l’homme. Pas de trace de plombage, mais les premiers dentistes apparaissent (sans anesthésie, c’était rustique !).

– Des soins de rééducation : on constate en effet, sur des os qui ont été cassés ou luxés (un des os est décalé dans l’articulation et n’est plus face à l’autre), des marques dans le cartilage (la substance qui recouvre les os à l’endroit de l’articulation) montrant que l’on a fait des efforts répétitifs pour forcer le membre à continuer de fonctionner, de se plier, de garder des mouvements.

À défaut de savoir remettre en place des fractures trop complexes, les hommes du Néolithique accompagnaient la consolidation en effectuant une véritable rééducation pour garder l’utilisation du membre. Ce qui devait être héroïque, quand on imagine la douleur endurée ! Ce qui montre aussi – et c’est très intéressant – que les individus blessés et impotents étaient soignés et accompagnés par leur entourage, contrairement aux clichés supposant que les relations à cette époque étaient toujours sauvages, violentes et individualistes.

– Des trépanations : c’est le fait de faire volontairement un trou dans le crâne. Ce geste existe toujours aujourd’hui quand un accident ou un saignement provoque une trop grosse pression à l’intérieur de la tête : on fait un trou rond en enlevant une « rondelle » d’os, pour évacuer le sang ou diminuer la pression afin de protéger le cerveau. Or, on a retrouvé de nombreux crânes trépanés du Néolithique ancien et dont l’os avait cicatrisé en partie après ce geste : cela prouve que celui-ci a été fait du vivant du patient et qu’il a survécu (sinon l’os est coupé de façon nette, sans cicatrisation).

Autre élément surprenant, ces trépanations étaient le plus souvent faites à l’endroit du crâne où c’est le moins dangereux parce que, du fait de son épaisseur et de sa forme, on risque le moins de percer l’enveloppe du cerveau qui se trouve en dessous (et qu’on appelle dure-mère). Comment les hommes préhistoriques savaient-ils cela ? On pense qu’il y avait plusieurs raisons pour faire ce geste : enlever des morceaux de fractures (facilement observables), soigner des maux de tête, des convulsions, des traumatismes, mais aussi sans doute pour « faire sortir des mauvais esprits » auxquels étaient attribués des symptômes de différentes sortes (ça expliquerait les trépanations multiples sur certains crânes). On imagine le courage qu’il fallait à celui qui opérait, comme à celui qui était opéré, pour effectuer ce geste !

– Enfin, on a retrouvé des dépôts de certaines plantes dans des pots, dont les qualités pour soigner la fièvre, la douleur ou l’infection laissent supposer qu’elles étaient les premiers traitements.

En bref, nos ancêtres n’ont pas fini de nous étonner, 12 000 ans après !

 

Anne-Sophie Biclet

 

 

 

 

Actuailes n° 81 – 14 février 2018

 

 




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