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Un humour de femme

Un humour de femme

24-05-2016 à 23:32:06

Gabrielle Cluzel est une femme multi-tâches : mère de famille nombreuse, écrivain, journaliste… elle jongle entre l’organisation familiale et les mots et apporte, ainsi, sa touche personnelle à son entourage mais aussi à ses lecteurs ! Elle nous a accordé de son temps pour répondre à quelques questions.

Gabrielle Cluzel, vous êtes écrivain et une journaliste très active, comment vous est venue cette passion de mots ?
De mon enfance. Je n’ai jamais été ni très sportive, ni très musicienne, ni très douée de mes mains, mais j’ai toujours aimé lire. Et quand on aime vraiment lire, on finit toujours, je crois, par essayer d’écrire.

Le journalisme me convient bien car j’aime l’écriture concise. (Je n’écris, d’ailleurs, en dehors de mes articles, que des nouvelles ou des essais assez courts.)
Un journal vous impose un nombre de caractères limités, à cause de sa maquette. Il faut donc se forcer à ramasser son propos et à ne pas se perdre dans des digressions.
Il faut aussi donner ses sources – c’est la « traçabilité » de l’information – ce qui force à la rigueur : on ne peut pas (enfin, on ne devrait pas pouvoir) raconter n’importe quoi.

Vous êtes aussi une mère de famille nombreuse, comment arrivez-vous à tout concilier ?
J’ai toujours pensé que les plus belles maisons étaient celles qui étaient pleines de livres et pleines d’enfants !

J’ai la chance de pouvoir travailler pour bonne partie chez moi, ce qui me permet d’être présente auprès de mes enfants… même s’ils en ont parfois assez de me voir scotchée à mon clavier : ils me disent que si je suis un jour canonisée (j’aimerais bien ! Eux me disent que ce n’est pas pour tout de suite, ça non… ), on me représentera sur les statues avec un ordinateur portable dans les mains.

Vous venez de sortir votre quatrième livre – Adieu Simone ! – qui parle de l’échec du féminisme ? Comment définiriez-vous le féminisme ?
Le féminisme, comme son nom, l’in-dique est censé défendre les femmes. La réalité est que la Simone que j’évoque, c’est-à-dire Simone de Beauvoir, n’a pas défendu les femmes, elle leur a recommandé de devenir des hommes comme les autres. Elle est célèbre pour sa phrase « On ne naît pas femme, on le devient », une affirmation qui laisse supposer qu’on peut aussi, si on le souhaite, ne pas le devenir, bref refuser cette féminité.
Ce féminisme était donc dès le départ contra-dictoire, comme quelqu’un qui prétendrait défendre la langue française en disant : « Ce n’est pas parce que le français est votre langue maternelle que vous êtes obligé de le parler ». On trouverait que c’est une drôle de façon de promouvoir la langue de Molière !

Dernièrement dix-sept ex-ministres se sont insurgées contre le sexisme* dans la politique, qu’en pensez-vous et est-ce pour vous une preuve de cet échec du féminisme ?
Bien sûr, elles se sont au départ insurgées – à raison – contre des réflexions vulgaires et crues tenues par un député. La vérité est que la propagation de cette grossièreté, jusque dans les sphères dirigeantes, est née de Mai 68, que les féministes n’ont jamais cessé de soutenir comme si c’était un formidable bienfait. Cette petite révolution, en banalisant les rapports hommes/femmes, en détruisant la galanterie, en supprimant la « cour » que notre civilisation avait instituée, a, au contraire, nui à la femme. C’est une des nombreuses contradictions du féminisme.

L’humour est prédominant dans votre livre, mais aussi dans la plupart de vos articles même lorsqu'il s’agit de sujets difficiles à traiter, pourquoi utiliser ce style ?
Parce qu’il vaut mieux toujours rire que pleurer, même quand l’heure est grave. Puis, parce qu’il m’a toujours semblé que les démonstrations par l’absurde étaient les plus efficaces. Lorsque l’on a réussi à démontrer que le point de vue que l’on veut combattre tient si peu debout qu’il fait pouffer de rire, on a gagné.


*Sexisme : attitude discriminatoire fondée sur le sexe.

Actuailes n° 53 – 25 mai 2016

 




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