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Comprendre « la grogne » des surveillants de prison

Comprendre « la grogne » des surveillants de prison

31-01-2018 à 09:43:44

Il y a environ quinze jours, un mouvement de contestation important est né chez les surveillants de prison. Tout a commencé avec une nouvelle agression commise par un détenu radicalisé à l’encontre d’un des surveillants.

 

 

Cette agression a certainement constitué « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » tant le climat au sein de la profession des surveillants de prison était déjà tendu depuis longtemps. 

Depuis, le mouvement de contestation s’est renforcé au gré des agressions presque quotidiennes au sein des prisons françaises dont les médias se sont fait l’écho. Si ces agressions sont un des motifs de leur mécontentement, elles ne sont en réalité que la face visible du grave problème qui touche les prisons françaises.

En effet, depuis plusieurs années, le personnel pénitentiaire fait face à un phénomène de surpopulation carcérale qui touche toutes les prisons. C’est-à-dire que les prisons accueillent plus de détenus que ne le permet leur capacité d’accueil.

Ainsi dans certaines prisons qui ont un taux d’occupation supérieur à 200 %, des détenus dormiraient, faute de lit, sur des matelas posés à même le sol ! Dans d’autres, faute de place, une cellule faite pour deux détenus en contiendrait quatre.

Cette surpopulation s’explique par le fait qu’en quarante ans le nombre de détenus a doublé. Certains défenseurs d’une politique moins carcérale, c’est-à-dire d’une politique moins orientée vers l’emprisonnement, rendent responsables les derniers gouvernements qui, au contraire, ont fait de la prison l’arsenal principal de sanction des délinquants.

Or, quelle que soit la cause de l’augmentation des détenus, il apparaît que, dans le même temps, le nombre de surveillants n’a pas augmenté dans les mêmes proportions. Résultat : le personnel de prison n’a pas les moyens de gérer correctement les détenus dont il a la charge.

Le phénomène de la radicalisation islamiste a aggravé la situation, puisque les surveillants font maintenant face à des détenus souvent jeunes, agressifs, en opposition au système et à toute forme d’autorité et n’ayant donc pas peur de s’attaquer à des gardiens.

Durant presque deux semaines, pour faire entendre leur voix, les surveillants ont ainsi bloqué les prisons et refusé de remplir leur mission auprès des détenus qui se sont ainsi retrouvés privés de douche, de parloir et de sortie et même parfois de procès puisque leur transfert au tribunal n’était pas assuré.

Jeudi dernier après des négociations houleuses, Nicole Belloubet, ministre de la Justice, a proposé un accord comprenant des mesures pour améliorer la gestion des détenus radicalisés et pour renforcer la sécurité du personnel, telles que le port de gilets pare-balles et l’utilisation de menottes, la création de mille cent nouveaux emplois et une augmentation des salaires. Le syndicat de surveillants de prison le plus important (Ufap-Unsa) a accepté de signer cet accord. D’autres syndicats l’ont en revanche rejeté.

Les prochains jours nous diront si les surveillants entendent suivre le syndicat majoritaire et mettre un terme à leur mouvement ou s’ils souhaitent au contraire durcir la contestation.

 

Virginie Terrier

 

 Actuailes n° 80 – 31 janvier 2018

 




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