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Modifications du génome ?

Modifications du génome ?

11-05-2016 à 00:05:07

La décision de l’académie de médecine française n’est pas sans conséquences.

Le 28 avril s’est tenu le colloque de la fédération européenne des académies de médecine. Ces académies sont des groupes d’experts qui ont un rôle consultatif : les gouvernements peuvent leur demander leur avis sur tel ou tel sujet concernant la médecine avant de prendre une décision, et parfois elles donnent elles-mêmes des recommandations sans avoir été consultées.


L’académie de médecine française a donc affirmé, pendant ce colloque, être favorable à la recherche sur les modifications du génome de l’embryon humain ou de ses cellules : le génome, c’est l’ensemble des gênes, c’est-à-dire l’ADN d’une cellule. Chacune de nos cellules contient des longs brins d’ADN qui est comme un langage codé que la cellule sait lire pour exprimer tout ce qu’il contient. La forme de nos cellules, leur fonctionnement, leur couleur, leur taille, tout est inscrit dans l’ADN. Chacun de nous a donc un ADN unique au monde, et s’il y a une maladie qui touche notre ADN, elle peut provoquer des handicaps très graves. C’est ce qu’on appelle les maladies génétiques, ou chromosomiques (chaque chromosome contient un morceau d’ADN).


Des recherches ont permis de trouver une substance qu’on appelle « cas9 », qui permet de couper l’ADN là où on le décide pour remplacer un morceau par un autre. Et donc de réparer des gênes abîmés. L’idée est donc venue d’essayer de trans-former l’ADN d’enfants malades dès le début de leur vie pour éviter qu’ils le soient. La plupart des États s’y opposent aujourd’hui en disant qu’il faut un temps de réflexion et de consultation pour voir les dangers et les avantages de ce projet.

L’avis de l’académie de médecine est étrange : elle répète qu’il ne faut pas, par principe, modifier le génome d’un être humain, qui est par la suite transmis à ses enfants, mais qu’elle est favorable à la recherche génétique sur les embryons, pour progresser dans la connaissance de ce domaine. Ces recherches, qui peuvent partir d’une bonne intention, posent de très graves questions et présentent de grands dangers pour l’homme : si on se donne le droit de faire des recherches sur lui, sur ce qui va construire sa personne, qui est donc l’embryon humain ? Et nous appartient-il ? Avons-nous le droit de transformer l’être humain ou seulement de le soigner ? On peut agir avec « cas9 » sur les cellules malades d’une partie du corps, pourquoi ne pas chercher dans cette direction plutôt que de modifier le génome ? Si on se donne ce droit, alors où va-t-on s’arrêter ? Pourquoi ne pas éviter les jambes trop courtes, les oreilles décollées, et pourquoi ne pas enfin essayer d’« améliorer » l’homme comme le souhaitent certains, de lui donner des gênes pour vivre plus longtemps, avoir des muscles plus solides, etc. ?
L’expérience a montré que lorsqu’on peut faire quelque chose techniquement, il est bien difficile de s’empêcher de le faire et bien tentant d’essayer.


La question fondamentale est : qui  sommes-nous ? Notre corps est-il un objet qui nous appartient ou est-il nous-même ? Si c’est le cas, ai-je le droit de choisir pour moi-même ou pour les autres ce qu’ils seront ? Ne nous trompons pas, l’avenir de l’humanité peut être bouleversé par nos réponses.

Actuailes n°52 – 11 mai 2016




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