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Un chirurgien qui nous souffle !

Un chirurgien qui nous souffle !

30-05-2018 à 06:27:25

Le 20 mai dernier, dans une grande revue scientifique américaine, Journal of the American Medical Association, un médecin français a été mis à l’honneur : le professeur Emmanuel Martinod, chirurgien du thorax, a présenté le résultat de vingt années de recherches et de travail qui ont abouti à une belle réussite.

 

Le Pr Martinod a mis au point une technique permettant de remplacer un morceau de trachée (le « tube » qui relie la bouche aux poumons pour faire passer l’air) ou de bronche souche (les gros « tubes », à l’entrée du poumon, un de chaque côté, qui prennent la suite de la trachée) en cas de cancer ou de blessure qui les déforme et empêche le patient de respirer. C’était un défi difficile à relever, car la trachée comme les bronches sont à la fois souples et rigides, pour pouvoir bouger, sans jamais se fermer complètement afin que les poumons soient toujours alimentés en air.

Jusqu’ici les recherches essayaient plutôt de remplacer ces tissus par des prothèses artificielles (des objets identiques mais fabriqués par l’homme), sans grand résultat. Le Pr Martinod a eu l’idée d’utiliser à la place un autre gros « tube » du corps humain, l’aorte, qui est la plus grosse artère (elle emmène le sang du cœur vers les autres organes), qui a une paroi solide et élastique, pour remplacer la trachée. On utilise un morceau d’aorte d’un donneur (une personne décédée dont on a prélevé des organes selon sa volonté) pour remplacer la partie atteinte par une tumeur.

Ce qui est intéressant dans cette technique, c’est que l’aorte va progressivement devenir semblable au reste de la trachée : si vous passez les doigts sur votre cou, vous sentirez des sortes d’anneaux rigides, qui renforcent la paroi de la trachée pour la rendre plus solide. Dans l’aorte, ces anneaux n’existent pas et, quand il réalise la greffe, le Pr Martinod ajoute initialement un petit ressort à l’intérieur, un « stent », pour la maintenir bien ouverte. Mais il se rend compte que, progressivement, des anneaux de cartilage commencent à se former dans l’aorte, si bien qu’au bout de dix-huit mois en moyenne, il peut enlever le stent aux patients. C’est incroyable !

Par ailleurs, lorsque l’on greffe certains organes venant d’un donneur, le corps du receveur les reconnaît comme « étrangers » et ses défenses immunitaires essayent de les détruire, ce qui nécessite un traitement pour diminuer ces fameuses défenses à prendre durant toute la vie. Ce n’est pas le cas pour l’aorte qui est acceptée par le corps du receveur sans rejet.

En bref, cette greffe d’aorte a déjà permis à plusieurs dizaines de patients de guérir de très graves cancers ou malformations et quelques centaines de personnes pourraient être concernées chaque année en France. Une prouesse pour le moins… inspirante !

 

Anne-Sophie Biclet

 

Actuailes n° 86 – 30 mai 2018

 

 

 




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