facebook logo Twitter logo

facebook logo Twitter logo

Logo Header
Télécharger dernier numéro
L'anorexie

L'anorexie

31-03-2016 à 19:48:42

Encore une fois, aux urgences, nous avons vu arriver une jeune fille de 14 ans, venue pour « malaise », tremblements, sensation de faiblesse. Elle reconnaît qu’elle se prive de nourriture depuis plusieurs jours, pour « perdre des kilos ». Son professeur d’athlétisme l’y pousse pour améliorer ses performances, son grand-père parce qu’il veut qu’elle soit la meilleure, elle le souhaite pour se sentir plus belle. Il y a urgence. Cette demoiselle commence peut-être une anorexie mentale.
Cette maladie qui pousse à se priver d’alimentation pour arriver à une extrême maigreur, commence en général entre 14 et 17 ans, et touche surtout les filles (90 % des patients). Les critères de la maladie sont les troubles alimentaires (on se restreint, évite certains aliments, parfois en alternant avec des périodes de boulimie*), des pratiques anormales pour perdre du poids (se faire vomir, prendre des laxatifs pour accélérer le transit), un faible poids (IMC* inférieur à 17,5 kg/m2), une image de soi anormale (on se voit grosse ou déformée) et l’absence des règles depuis trois mois.
Beaucoup de recherches ont été faites pour comprendre ce qui provoque cette maladie. Il y a probablement certains gènes (partie de notre code génétique qui commande le fonction-nement de nos cellules) qui favorisent l’anorexie, mais aucun n’est directement et uniquement responsable, et dans certaines cultures l’anorexie n’existe pas : il y a donc également des causes culturelles ou relationnelles. 50 % des cas d’anorexie guérissent dans les cinq ans. Mais la maladie peut se prolonger ou se compliquer avec d’autres troubles psychiatriques comme la dépression, et plus de 20 % des anorexies deviennent chroniques (persistent indéfiniment). Il s’agit d’une maladie grave, car 5 % des patients meurent dans les dix premières années, notamment à cause d’un arrêt cardiaque lié au manque de certaines molécules dans le sang. Elle est grave aussi parce qu’elle isole des autres les personnes qui sont atteintes : elles sont centrées sur leur aspect physique, leur peur de grossir, elles doivent parfois être hospitalisées… Leur corps s’abîme, notamment leurs os qui risquent de rester fragiles, ainsi que leurs cheveux et leurs dents. Le cerveau, les reins et le cœur peuvent aussi courir des risques. Il nous faut donc combattre avec force l’anorexie, qui touche au moins 1 % des adolescentes.
Les psychiatres peuvent agir en thérapie* individuelle ou familiale pour aider à accepter son corps et retrouver la sensation de faim, les autres médecins peuvent, si nécessaire, perfuser ce qui manque à l’organisme en urgence. Mais c’est toute la société, notre regard et nos paroles qui doivent changer pour admettre que le corps d’une jeune fille est beau avec des rondeurs, pour que la beauté extérieure ne soit pas le critère d’une vie réussie, pour que chacun se sente apprécié, en famille, à l’école, au sport… tel qu’il est.

 

*IMC : Indice de masse corporelle. C’est le poids en kilos divisé par le carré de la taille en centimètres : P/T2. Il doit être compris entre 19 et 25.                                     

*Thérapie : En psychiatrie – c’est-à-dire la médecine qui s’occupe des maladies des humeurs ou des pensées – il s’agit d’un accompagnement, d’une rééducation des désirs ou des pensées qui nous empêchent de vivre normalement.                                                  

*Crise de boulimie : épisode où l’on consomme rapidement une très grande quantité de nourriture, sans pouvoir se raisonner.

 




Imprimer