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Le mouvement Nuit Debout

Le mouvement Nuit Debout

26-04-2016 à 23:30:00

Le 31 mars 2016, un nouveau mouvement de contestation contre le gouvernement, appelé « Nuit Debout », est apparu à Paris, puis s’est propagé en province. Actuailes revient sur la genèse, les motivations et les caractéristiques de ce mouvement.

Comment ce mouvement a-t-il commencé ?

Ce mouvement a commencé le 31 mars 2016 à Paris, place de la République, à la fin d’une manifestation contre le projet de loi de réforme du code du Travail (cf. Actuailes n° 49). Des centaines de manifestants déci-dèrent de rester sur place toute la nuit (jusqu’à 6h30) pour montrer leur détermination et leur ferme opposition au projet de loi. Ils revinrent le lendemain et le surlendemain, jusqu’à aujourd’hui. D’autres personnes les imitèrent dans plusieurs villes de province.
Quel est le but de Nuit Debout ? Peu à peu, le mouvement a pris de l’ampleur et s’est organisé (compte Twitter, site Internet…). Le but est de rassembler toutes les oppositions au gouvernement (celle contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, non loin de Nantes, celle contre le projet de réforme du collège, les syndicats, des associations comme Droit au logement…) et d’organiser des cercles de réflexion nocturnes (à l’image du mou-vement des Veilleurs issu des Manifs pour tous) sur différents sujets d’actualité. Les participants ont le sentiment que la démocratie est confis-quée par une élite et veulent directement y participer en débattant et échangeant des idées sur plusieurs thèmes : la politique, la société, l’environnement, l’éducation, l’économie… Voulant marquer le 31 mars comme un nouveau jour, les participants ont adopté un nouveau calendrier à partir de ce jour (un peu à l’image de ce qui se fit sous la Révolution française) : le 32 mars, le 33 mars…


Qui sont les participants ?

Au début du mouvement, les participants étaient des opposants au projet de loi Travail. Peu à peu, différentes personnes se sont rajoutées : syndicalistes, politiques (Europe écologie-Les Verts et Front de gauche notamment), journalistes (comme François Ruffin, directeur du journal d’extrême-gauche Fakir, à l’origine du mouvement), étudiants, intellec-tuels ou anonymes… Certains ont des idées bien précises, comme le retrait de la loi Travail, d’autres sont juste animés par un désir de changement, trouvant que le système de fonctionnement de notre société est injuste. Ce mouvement se veut volontairement sans leader ni affiliation à un quelconque parti politique.


Quels sont les reproches formulés à l’encontre de ce mouvement ?
Alors que Nuit Debout se veut très ouvert, ses membres ont copieusement hué puis expulsé le philosophe et académicien Alain Finkielkraut venu se rendre compte de la nature des discussions place de la République à Paris. Cette personnalité, marquée à droite, ne semblait pas convenir aux participants du mouvement social, alors qu’ils ont accueilli à bras ouvert l’ancien ministre des Finances grec, Yánis Varoufákis, d’extrême-gauche. Au final, Nuit Debout, ne semble pas représentatif de toute la société française.
L’action de Nuit Debout est également entachée d’échauffourées avec les forces de l’ordre et ponctuée de débordements déplorables (vitrines brisées, voiture de police brûlée, détritus jonchant le sol…). Ainsi, depuis le 31 mars, trente-cinq personnes ont été placées en garde à vue. Il est cependant souvent difficile de savoir d’où proviennent les casseurs. Tout cela tend à discréditer le mouvement mais c’est malheureusement le lot de nombreuses manifestations.
Cependant, alors qu’il dure depuis près d’un mois, la question de l’avenir du mouvement se pose. Les participants se veulent révoltés, indignés, et rêvent de faire aboutir leur action comme en Espagne, où un mouvement similaire d’indignation s’est transformé en parti politique en 2014 : Podemos. À l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour savoir si, en France, ce mouvement sera celui de doux rêveurs ou se concrétisera réellement.
Enfin, Nuit Debout semble évacuer certaines réalités de notre société : la question de l’identité culturelle, la question sécuritaire et la question religieuse. Ces thèmes semblent pourtant au cœur de l’actualité de notre pays. Pour cette raison, il n’est pas certain que Nuit Debout perdure et convainque la majorité des Français.

Actuailes n°51 - 27 avril 2016




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