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Opération séduction au collège des Bernardins

Opération séduction au collège des Bernardins

17-04-2018 à 21:41:20

Depuis maintenant quelques années, nous assistons régulièrement à des débats sur la laïcité, sa nature, son ou ses applications et la façon dont l’État se doit d’en être le garant. C’est dans ce contexte d’incertitude qu’un fait inédit a eu lieu le 9 avril dernier : un président de la République française en exercice a tenu un discours au collège des Bernardins lors de la Conférence des évêques de France.

 

Très vite, des réactions de tous bords ont surgi : de façon générale, la gauche s’est insurgée de la simple apparition d’Emmanuel Macron aux Bernardins qui portait alors atteinte, selon eux, au principe de laïcité auquel un président est soumis. « Le lien entre l’Église et l’État n’a pas lieu d’être », a déclaré Jean-Luc Mélenchon, chef de file des Insoumis. « La laïcité, c’est la France et elle n’a qu’un seul fondement : la loi de 1905, celle de la séparation des Églises et de l’État », a ajouté l’ancien Premier ministre Manuel Valls, lui qui est pourtant un allié d’Emmanuel Macron depuis les élections législatives.

La droite, elle non plus, ne mâche pas ses mots : la présidente du FN, Marine Le Pen, accuse le président « d’anesthésier les catholiques pour pouvoir demain s’attaquer à la loi de 1905 ». Christian Jacob, le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale, n’est pas en reste lui non plus, puisqu’il s’inquiète de la « vision communautariste » d’Emmanuel Macron et l’accuse de tenter une « récupération grossière » de l’électorat catholique.

Finalement, qu’a bien pu dire Emmanuel Macron lors de son intervention aux Bernardins pour susciter une telle polémique ?

Le président a fait le constat d’une relation dégradée entre les pouvoirs temporel et spirituel en France et a ainsi encouragé l’Église à intervenir dans le débat public en faisant don à la République de sa « sagesse », de son « engagement » et de sa « liberté ».

    La sagesse de l’Église pour des débats sur l’Homme comme pour la crise des migrants, sur laquelle le président a plaidé longuement en faveur de l’action gouvernementale, ou bien sur la bioéthique, un passage bien plus court de son intervention, mais le président ne parle pas de sa position en tant que candidat en faveur de la procréation médicalement assistée.

    L’engagement des croyants pour combattre le nihilisme1 ambiant de la société actuelle. Le président a salué les actions associatives présentées avant son discours, des actions allant de l’accompagnement aux personnes handicapées aux sans domiciles fixes en passant par les Restos du cœur. Selon lui, c’est la volonté d’aider l’autre, cette confiance en l’avenir propre aux catholiques en général qui permettent à certaines associations de redonner de la dignité aux personnes marginalisées.

  Enfin, la liberté de l’Église car Emmanuel Macron définit l’Église comme à « contretemps » du pouvoir temporel qu’il incarne. Elle garde ainsi sa liberté de parole, elle peut paraître même « intempestive », comme le dit le président lui-même, puisqu’au final c’est bien l’État qui finit toujours par trancher.

Avec ce discours, Emmanuel Macron a choqué ses opposants, mais il a réussi à flatter une partie de l’électorat qui lui avait fait défaut aux élections présidentielles de 2017. L’archevêque de Paris lui-même, Mgr Aupetit, a déclaré à l’issue de la conférence qu’avant ce discours « beaucoup de catholiques se sentaient depuis pas mal de temps humiliés, mis de côté, ringardisés… »

L’électorat catholique s’en souviendra-t-il dans les urnes ? Emmanuel Macron saura-t-il tenir les promesses faites à la droite, à la gauche et à l’Église ? Seul le temps nous le dira. Il reste encore quatre ans avant les prochaines présidentielles…

 

1.     Nihilisme : école de pensée ou attitude fondée sur la négation de toutes les valeurs ; elle peut être associée au pessimisme.

 

Maximilien de Boussiers

 

Actuailes n° 84 – 18 avril 2018




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