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Quelle politique africaine pour les candidats français ?

Quelle politique africaine pour les candidats français ?

05-04-2017 à 10:49:51

Il n’aura jusque-là pas été beaucoup question de l’Afrique durant la campagne présidentielle.

 

Les seuls candidats à avoir fait un déplacement en Afrique sont pour l’instant Emmanuel Macron en Algérie et Marine Le Pen lors de sa visite au Tchad au président Idriss Déby et aux soldats français de l’opération Barkhane. Cependant, au fil des interviews et des meetings, les candidats ont donné l’esquisse de ce qui pourrait être, une fois élus, leur politique africaine.

Emmanuel Macron est sans doute celui qui a fait le plus parler de l’Afrique lorsqu’il a qualifié la colonisation de « crime contre l’Humanité ». Il entend continuer la politique relativement interventionniste de la France en Afrique, mais veut partager le poids des opérations militaires avec l’Allemagne et une Europe de la Défense.

Il est le seul candidat à souhaiter une réforme du franc CFA et non sa disparition. Il est favorable à plus d’immigration et au droit de vote des étrangers, même s’il le trouve irréalisable dans l’immédiat. Il entend augmenter l’Aide publique au développement* jusqu’à 0,7 % du PIB.

Marine Le Pen est celle qui a la vision la plus complète sur l’Afrique. Elle prône l’apprentissage d’un roman national qui n’aurait pas à rougir de la colonisation. Elle est favorable au maintien d’une présence militaire sur le continent dans le respect de la souveraineté des États africains. Elle souhaite mettre fin au franc CFA, car elle estime qu’il est un poids pour la France plus qu’une opportunité. Elle souhaite ramener l’immigration à un solde de 10 000 entrées par an et est fermement opposée au droit de vote des étrangers. Elle voit l’Aide publique au développement comme un moyen de freiner l’immigration en développant l’éducation et l’agriculture en Afrique.

Francois Fillon a des positions assez proches de celles de Marine Le Pen concernant l’Afrique. Il défend les aspects positifs de la colonisation et est favorable au maintien des forces françaises en Afrique.

Il souhaite diminuer drastiquement l’immigration et s’oppose au droit de vote des étrangers. Il se démarque cependant des autres candidats, y compris de Marine Le Pen, en refusant l’ingérence de la France dans les affaires intérieures des États africains. Il veut conditionner l’Aide publique au développement à la coopération des États africains dans la lutte contre l’immigration clandestine.

 

Jean-Luc Melenchon a, quant à lui, les positions les plus radicales sur le sujet. Critique vis-à-vis de la colonisation sans aller jusqu’aux excès d’Emmanuel Macron, il est fermement opposé aux interventions militaires en Afrique. Il se veut cependant le plus fort soutien des opposants aux pouvoirs corrompus notamment d’Afrique centrale et aux associations dite de la société civile. Il est pour l’abandon du franc CFA. Il est pour plus d’immigration, souhaite régulariser tous les sans-papiers et entend mettre en place le droit du sol intégral pour l’obtention de la nationalité française. Il souhaite augmenter fortement l’Aide publique au développement jusqu’à 0,7 % du PIB.

Benoît Hamon, enfin, a des positions moins affirmées sur les questions africaines que ses concurrents. Critique vis-à-vis de la colonisation, il trouve excessif de la qualifier de crime contre l’Humanité. Il met l’accent sur l’importance de la Défense européenne pour régler les crises en Afrique. Il soutient les mouvements citoyens nés dans le sillage des printemps arabes en Afrique, tels le Balai citoyen au Burkina Faso, Y’en a Marre au Sénégal ou Filimbi au Congo-Kinshasa. Il ne se prononce pas sur le maintien ou non du franc CFA, mais précise que ce sont les pays africains qui doivent définir eux-mêmes le système monétaire qu’ils souhaitent utiliser. Il est partisan de l’immigration et, comme ses concurrents de Gauche, souhaite porter l’Aide publique au développement à 0,7 % du PIB.

 

Le savais-tu?

*L’Aide publique au développement : ce sont les dons et prêts accordés par les pays développés au pays en voie de développement.

 

Le franc CFA est la devise de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UMEOA) et de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), à savoir le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau (ex-colonie portugaise), le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale (ex-colonie espagnole), la République de Centrafrique et le Tchad.

De Gaulle a lancé la devise en 1945, six ans après la création d’une « zone Franc » entre la métropole et ses colonies. La valeur est garantie par le Trésor public français.

 

 

Actuailes n° 67 – 5 avril 2017

 

 

 

 




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