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Rémunération et polémique

Rémunération et polémique

20-06-2017 à 21:31:01

L’annonce d’une agence de presse sur les nouvelles modalités de versements des bonus de Carlos Ghosn ravive un sujet brûlant, celui de la rémunération des patrons des grandes entreprises.

 

En plein débat sur la moralisation de la vie politique, l’annonce faite le 13 juin par l’agence de presse Reuters n’est peut-être pas une coïncidence. En effet, selon l’organe de presse, le groupe Renault-Nissan aurait créé une société de services aux Pays-Bas – pays réputé fiscalement accommodant avec les multinationales – afin de recevoir les bonus des salaires de Carlos Ghosn, président du groupe, et d’autres dirigeants.

Si cette information a été démentie par l’entreprise, elle fait resurgir une polémique autour du montant de la rémunération de Carlos Ghosn. D’un total de 7,2 millions d’euros en 2016, cette somme avait suscité bien des remous dans la presse. L’État, actionnaire de l’entreprise, avait sévèrement critiqué cette décision du conseil d’administration de Renault-Nissan et l’assemblée générale des actionnaires avait même rendu un vote négatif. Mais ce vote, de portée uniquement consultative, n’avait pas été suivi par le conseil d’administration qui avait finalement validé ce montant1.

Le sujet est sensible, car il illustre les écarts croissants entre la rémunération des salariés et celle des grands patrons. En novembre 2016, le cabinet de conseil et d’analyse financière Proxinvest a publié un rapport faisant état de comparaisons étonnantes.

Ainsi, il est noté qu’en 2016 les patrons des cent vingt plus grandes entreprises françaises (que l’on appelle SBF 120) n’ont eu besoin que de trois jours pour toucher 30 000 euros, ce qui correspond au salaire annuel moyen en France ! Le rapport souligne la croissance des salaires de ces PDG (+ 20 % en 2016) alors que le salaire moyen des employés de ces mêmes entreprises n’a augmenté que de 2,1 %. Et ce même rapport met en exergue l’absence de corrélation entre la hausse de salaire de ces grands patrons avec la création de richesse : pour cette même période, en effet, le chiffre d’affaires de ces entreprises, en moyenne, a baissé de 3 % et les bénéfices de 11 %.

À noter que le salaire de Carlos Ghosn devrait encore augmenter en 2017 puisqu’il devrait toucher des émoluments en lien avec sa nomination à la présidence du conseil d’administration du constructeur automobile Mitsubishi. La polémique risque de durer. 

 

1.     À la différence du secteur public où les salaires sont plafonnés, ceux du privé sont juridiquement définis par les membres du conseil d’administration de l’entreprise.

 

Mikaël de Talhouët

 

Actuailes n° 72 – 21 juin 2017

 




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