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Solenn, la force du pardon

Solenn, la force du pardon

20-06-2017 à 23:19:13

Actuailes a rencontré Solenn, jeune Irakienne de 19 ans, Solenn qui a fui son pays avec sa famille est la cinquième d’une famille de six enfants arrivée en France le 24 octobre 2014.

 

Où habitais-tu ?

J’habitais à Qaraqosh et étais en classe de seconde S. Ma vie était à peu prés similaire à celle des Français : nous étions dans une grande maison avec toute ma famille et mes grands-parents. En Irak, les familles sont très unies et s’entraident beaucoup.

Quand avez-vous fui ?

Nous avons fui une première fois car notre ville a été attaquée par des missiles.

Une deuxième fois car Daesh venait fêter le ramadan dans notre ville. À chaque fois, nous sommes revenus.

Et une troisième fois, c’était le 6 août 2014, Daesh a pris Qaraqosh. Nous sommes tous partis avec presque rien, juste nos papiers, vers une ville du Kurdistan. Il faisait très chaud (presque 50°), nous étions sept dans notre voiture pour cinq. Les barrages ne voulaient pas nous laisser entrer, mais grâce à un prêtre qui a discuté avec eux et a expliqué que nous fuyions Daesh, ils nous ont laissé entrer après avoir vérifié voiture après voiture. Nous étions partis à 10h30, nous sommes rentrés à minuit dans la ville, alors qu’habituellement nous mettions 1h30-2h.

Notre maison de Qaraqosh a été utilisée comme lieu de réunion. Mais 75 % des maisons ont été abimées ou brulées.

Nous sommes restés deux mois dans un village chrétien du Kurdistan avant de pouvoir venir en France. Il y a encore un quartier qui a été construit pour accueillir les familles comme nous, ils habitent à trois familles dans la même maison.

Le 24 octobre 2014, nous sommes arrivés en France. Je ne parlais que l’araméen (langue de Jésus), l’arabe et l’anglais scolaire. En décembre, j’ai été scolarisée en seconde dans l’externat Notre-Dame de Grenoble. J’ai pu apprendre le français.

Qu’est-ce qui t’a le plus frappée en France ?

Au début, j’avais du mal à trouver des chrétiens. J’ai été vraiment frappée par l’athéisme. En Irak, nous avions tous la foi, tous les chrétiens vont à la messe. J’ai envie de vous dire à vous : « N’ayez pas peur de dire que vous êtes chrétiens », « Celui qui me renie, je le renierai devant mon Père ». Si nos amis ont une amitié véritable envers nous, ils continueront à nous parler même si nous leur disons que nous sommes chrétiens.

Et ta foi ?

J’ai toujours gardé la foi, mais j’ai perdu ma confiance en Dieu, je me disais : « Pourquoi, alors qu’il nous aime tellement, il a permis ce qui nous arrive ? » Ma maman m’a dit de lire l’évangile, et j’ai compris : il ne nous quitte jamais, il a toujours été avec nous, même pendant les moments difficiles. Il ne faut jamais perdre sa confiance en Dieu. Et il nous a permis de rencontrer des personnes qui nous ont aidés matériellement et spirituellement.

As-tu pardonné à Daesh ?

Pardonné oui, mais cela n’a pas été facile, quand je n’avais plus confiance en Dieu. J’ai repensé à la phrase du Christ sur la croix : « Père pardonne-leur, car il ne savent pas ce qu’ils font ». J’ai demandé la grâce de pardonner et je me suis sentie libérée. Ruminer nous rend triste, le pardon nous libère. Il y a des moments où je prie pour eux, pour qu’ils changent et fassent le bien.

Comment vois-tu l’avenir ?

Je vis au jour le jour. Je suis heureuse en France, j’ai rencontré des personnes très sympathiques. Après mon bac, j’aimerai faire un BTS de mode.

Que voudrais-tu dire à nos lecteurs ?

À tous ceux qui ont lu mon histoire, je voudrais dire qu’il ne faut jamais perdre confiance en Dieu. Parfois nous croyons qu’il nous a oubliés, mais nous nous trompons. Comme le dit la Bible, « Vois, je t’ai gravé au creux de mes mains ». Il nous faut donc toujours garder l’espérance. Daesh a réussi à prendre notre maison, notre famille, nos amis, car nous sommes plus dans une même ville comme avant, mais il n’a pas réussi à nous voler l’essentiel : notre foi dans le Christ.

 

Actuailes n° 72 – 21 juin 2017

 

 

 




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