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Sueur de sang

Sueur de sang

04-04-2018 à 10:07:14

Les catholiques du monde entier viennent de célébrer la Passion du Christ puis sa mort et sa Résurrection. De nombreux médecins se sont intéressés à ce que Jésus a subi et qui est décrit par les Évangiles, afin de savoir si nos connaissances actuelles et ces récits étaient compatibles.

Prenons, par exemple, deux points.

« Entré en agonie, il priait de façon plus insistante et sa sueur devint comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre. » (Luc 22, 44)

Le phénomène de la « sueur de sang », ou hématidrose, a été observé et décrit à plusieurs reprises (quoique très rarement) dans les annales de médecine : il y a eu quarante-deux articles à ce propos entre 1885 et 2016. Il s’agit de la rupture des petits vaisseaux sanguins qui irriguent les glandes sudoripares, ces petites glandes situées sous la peau et qui permettent de fabriquer et d’évacuer la sueur. La rupture de ces vaisseaux fait passer le sang dans la sueur et on transpire un liquide sanglant. Le mécanisme en est toujours inconnu et un cas récent en 2016 d’une jeune fille de 21 ans présentant ces symptômes a montré une absence totale d’anomalies de ses globules rouges et plaquettes (cellules du sang) ou de sa coagulation (mécanismes qui permettent de former une croûte pour ne pas saigner quand on a une plaie). Son cerveau, sa tension, son cœur : tout était normal ! En revanche, on sait que, dans la majorité des cas décrits, ce phénomène était lié à un stress ou à une très grande angoisse.

« Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. » (Jean 19, 33)

Quand on perce le côté de quelqu’un, on imagine bien qu’il puisse en sortir du sang, mais pourquoi du sang et de l’eau ? Cela peut être dû à plusieurs phénomènes : en admettant que cette blessure ne perce que le cœur, la membrane qui entoure celui-ci et qui s’appelle le péricarde peut être pleine d’un liquide translucide, qu’on appelle séreux, en raison de souffrances physiques ou d’une hémorragie (une perte de sang) ou un traumatisme. Quand on perce cette membrane, le liquide s’écoule, avec le sang venu de l’intérieur du cœur.

Cependant, sur la majorité des représentations de la croix, la plaie est à droite et, dans ce cas, la lance aurait percé en biais, d’abord le poumon avant de percer le cœur. On sait qu’un traumatisme du thorax, comme la flagellation par exemple, peut provoquer un épanchement (accumulation de liquide dans une cavité) dans la plèvre (la membrane qui entoure le poumon). Le sang de cet épanchement peut coaguler et le liquide qui reste après la coagulation est translucide et séreux lui aussi. En passant par le poumon pour atteindre le cœur, la plaie ferait donc sortir ce liquide qui ressemble à de l’eau et du sang.

Chercher des explications scientifiques à des textes sacrés ne vise pas à donner la foi et ne le peut pas. Cela permet simplement de constater que ce qui est écrit n’est pas contraire à l’intelligence ou à la réalité de ce que nous savons de la vie humaine. Et c’est déjà passionnant !

 

Anne-Sophie Biclet

 

Actuailes n° 83 – 4 avril 2018

 




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