facebook logo Twitter logo

facebook logo Twitter logo

Logo Header
Télécharger dernier numéro
Une école hors du commun

Une école hors du commun

29-09-2015 à 18:34:57

Actuailes : bonjour, Monsieur, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Albéric de Serrant : Marié, père de cinq enfants de 7 à 14 ans, je suis le fondateur du cours Alexandre-Dumas, école au sein de laquelle j’assure la direction pédagogique.

Pouvez-vous décrire le cours Alexandre-Dumas ?

Il s’agit d’un établissement complémentaire des autres établissements publics et privés : il propose à la fois une vie et un parcours scolaires à des élèves ne pouvant évoluer paisiblement dans un autre établissement.  

Ses caractéristiques sont : des classes de petit effectif, un accompagnement permanent des élèves par les professeurs (pendant et en-dehors des cours) pour leur apprendre à avoir confiance en eux, et aussi pour mener une lutte incessante contre leur plus gros défaut : la paresse.

Le but du cours Alexandre-Dumas est d’éveiller les trois grandes dimensions de l’être humain dans sa dignité : l’intelligence, le cœur et l’hygiène de son corps.  

Tout cela contribue à sécuriser l’élève et lui donner confiance en lui pour apprendre posément l’écriture, la lecture à voix haute, le calcul, et s’enrichir de la culture générale qui fait notre histoire.

Dans cette école, les plus grands aident les plus jeunes et apprennent ainsi le sens des responsabilités : par équipe de six (un peu comme les sizaines des louveteaux), les élèves prennent leur repas ensemble, effectuent des services et partent en randonnée chaque semaine.

Voici un exemple : Alexandre, après deux ans de cours par correspondance, ne supportait pas de lire à voix haute et était très en retard : il était en classe de 6e alors qu’il avait l’âge d’être en 4e. Au bout d’un an et demi, au cours Alexandre-Dumas, il a fait d’importants progrès.

Voici comment : pour aider Myriam, une petite fille en classe de CP, Alexandre lui lisait ses leçons. Pendant la lecture à voix haute, elle le corrigeait à chaque fois qu’il se trompait et qu’elle ne comprenait pas ce qu’il disait. Ils se sont ainsi aidés mutuellement : Alexandre n’a plus honte de lire à voix haute et Myriam a sauté une classe, du CP vers le CE2.

Quel est l’intérêt, pour un élève, de vivre en équipe ?

La vie en équipe est l’occasion de pratiquer concrètement l’éveil à la citoyenneté et l’amitié non choisie, comme les citoyens d’un pays qui apprennent à vivre ensemble. Le service accompli ensemble est l’illustration de l’égalité, chacun fait corps avec les autres. Enfin, l’équipe est un moyen de rayonnement : elle apprend la responsabilité (des grands envers les petits) et la liberté (choisir de bien se comporter avec les autres).

Pourquoi les élèves portent-ils un uniforme ?

L’uniforme est le témoignage d’une unité (qui est à différencier de l’uniformité). Il est composé d’un sweat-shirt à capuche (vert pour les garçons, et bordeaux pour les filles), d’un jean noir et d’un polo : celui-ci est l’expression de la pointe d’élégance nécessaire pour aller travailler (à la différence du t-shirt), à l’image des adultes qui sont bien habillés lorsqu’ils vont rejoindre leur lieu de travail. Les élèves s’habillent bien en restant eux-mêmes : en faisant cet effort d’élégance, ils honorent la connaissance qu’ils vont recevoir.

Pourquoi y a t-il une cérémonie de lever du drapeau français tous les matins ?

Le drapeau illustre la vie de notre pays. Lorsqu’il flotte en haut du mât, il est le témoin d’une présence, d’une existence ; il symbolise tous les gens qui vivent dans notre pays, dont certains sont prêts à mourir pour lui. Même plié, il est représentatif de notre pays : le côté bleu se situe sur le dessus, ce qui signifie que notre pays est en paix.

Ces trois actions (vivre en équipe, lever les couleurs, porter un uniforme) sont la mise en pratique de l’enseignement civique reçu en classe ; ils permettent aux élèves de se préparer à vivre en adulte plus tard.

Qu’est-ce qui est le plus important pour un collégien ?

Je vois trois points :

  • le désir : quel est mon désir ? Il faut avoir soif pour apprendre et oser voir grand dans l’objectif de sa vie ;
  • ne pas avoir peur du temps présent et du silence : il faut bien vivre chaque jour pour bien préparer sa vie d’adulte ;
  • l’attention et la concentration : il ne faut pas partir dans des rêves, mais embrasser la réalité de la vie et recevoir ce qui est donné.

 

Quel est le secret de l’équilibre pour un collégien en 2015 ?

AdS : C’est le silence. Il en existe trois types :

  • Le silence quotidien qui s’impose à nous (en attendant le bus, en marchant…) : il ne faut pas le fuir en écoutant de la musique.
  • Le silence de type religieux : l’intériorité du cœur (avant une cérémonie religieuse par exemple). C’est un silence qui se choisit.
  • Le silence de l’intelligence : il permet la préparation aux études : l’élève doit être le maître de son silence pour recevoir et respecter la connaissance qui lui est transmise. Ce silence ne s’impose pas mais se choisit.

Comment voyez-vous que vous avez réussi avec un collégien ?

AdS : Lorsqu’il a pris conscience qu’il était unique et qu’il était une personne qui a sa place dans sa famille, la société et le monde. Le but de notre école est d’éveiller et redonner confiance aux élèves.

Voici un exemple  que je décris dans mon livre intitulé Je veux faire battre le cœur de l’école[1] : un élève est arrivé avec un grand retard scolaire car il avait de grosses difficultés pour lire. Au bout de cinq mois au cours Alexandre-Dumas, il a pu se dire : « Je suis quelqu’un » et ses résultats scolaires ont nettement progressé.

Avez-vous un message particulier à adresser à nos lecteurs ?

Je leur dédie un texte d’Alain Leroux : « Réfléchissons un peu : faut-il crier pour se faire entendre ? Faut-il être connu pour être quelqu’un ? Faut-il fuir pour être libre ? Faut-il une fête pour être heureux ? Faut-il une victoire pour s’embrasser ?

Apprenons à vivre ensemble. Apprécions chaque jour qu’il nous est donné de vivre. Chaque jour est unique. Aucun ne reviendra. Il dépend de nous d’en faire quelque chose de bon. »

 

Pour en savoir plus : esperancebanlieues.org.

 

 

 

[1] Edition JC Lattès.




Imprimer