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Vers un nouveau Mai 68 ?

Vers un nouveau Mai 68 ?

15-05-2018 à 22:43:55

Depuis quelques mois, nous entendons régulièrement parler des grèves étudiantes dans le pays comme un écho aux événements survenus il y a cinquante ans. Cette fois-ci, quel a été le point de départ des manifestations étudiantes ? Sommes-nous réellement en train de revivre le lancement d’une grève généralisée qui paralyserait la France entière ? Essayons de comprendre ce qui a amené cette mobilisation.

L’enseignement supérieur est aujourd’hui en crise. À cela, deux causes principales : des infrastructures insuffisantes et une démographie trop importante. En résumé, il y a trop de demandes post-bac pour trop peu de places à fournir dans les universités. Ces causes induisent une sélection des étudiants pour leur entrée dans l’enseignement supérieur selon leurs compétences, leurs vœux et la capacité de certaines filières à les accueillir, surtout pour des filières très demandées, comme le droit par exemple.

Jusqu’à l’année dernière, les étudiants en devenir passaient par le site d’Admission post-bac (APB), un service en ligne où ces derniers pouvaient formuler plusieurs vœux hiérarchisés selon le nombre de places disponibles, ainsi que les compétences demandées par chaque établissement. Par la suite, les candidatures étaient toutes traitées par un algorithme (suite de calculs permettant de classer un nombre considérable de données) entièrement informatisé qui distribuait les dossiers en adéquation avec tous ces paramètres ou qui procédait par tirage au sort lorsqu’une université ne demandait pas de sélection particulière.

Le gouvernement actuel a souhaité changer de plateforme pour avoir une sélection plus humanisée et donner plus de visibilité aux petits établissements en province, ce qui manquait cruellement sur APB. Ainsi est né Parcoursup, nouvel outil du gouvernement pour trier les élèves.

Principales différences avec APB : les vœux des élèves ne sont plus hiérarchisés et ce n’est plus un algorithme, mais bien chaque établissement qui fait sa propre sélection. Dans le climat social tendu actuel, la critique ne s’est pas fait attendre. Le principe de non-hiérarchisation des vœux risque de conduire à certains blocages : deux élèves pourraient préférer l’affectation l’un de l’autre et n’auraient aucune possibilité d’échanger leur place. D’un autre côté, le fait que les établissements fassent leur propre sélection avec leurs propres critères risque de favoriser grandement certains élèves pour des raisons purement sociologiques. Pour les manifestants, Parcoursup est donc synonyme de baisse de satisfaction des élèves et d’entorse au principe de libre accès aux universités.

Ce que les médias traditionnels ont parfois tendance à oublier, c’est qu’il ne s’agit là que du point de départ des manifestations. D’ailleurs, certains syndicats étudiants ne sont pas opposés à la réforme et à Parcoursup ; au début, le mouvement gréviste ne décollait donc pas. Le véritable détonateur des manifestations actuelles semble s’être produit fin mars à Montpellier, lorsque des manifestants se sont fait violemment expulser d’un amphithéâtre par des individus cagoulés touchant ainsi à la dignité et à l’intégrité du corps étudiant.

En fin de compte, tout se mêle mais peine à se rejoindre. Si l’on prête l’oreille aux revendications des jeunes qui manifestent, on entend un peu de tout : la défense de leurs droits, l’abandon de Parcoursup, le soutien à leurs camarades montpelliérains… mais aussi d’autres revendications bien plus diverses comme le soutien aux cheminots, au corps hospitalier, aux activistes de Notre-Dame-des-Landes, etc.

Le mandat d’Emmanuel Macron est d’ores et déjà marqué par la contestation et les grèves de plusieurs secteurs, le tout certainement exacerbé par ce cinquantième anniversaire de Mai 68, chacun voulant sans doute marquer l’Histoire à sa façon. Tout va dépendre aujourd’hui des réactions de l’exécutif.

Les différents mouvements contestataires parviendront-il à fédérer leurs colères ou vont-ils se démobiliser aux premières concessions du gouvernement ?

Il y a cinquante ans, la jeunesse française a marqué l’histoire de notre pays, aujourd’hui qu’en est-il ? En 2068, cinquante ans après, que sera-t-il écrit dans les livres d’Histoire ?

Maximilien de Boussiers

Actuailes n° 85 – 16 mai 2018

 




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